Robert Owen : le patron qui a inventé le socialisme
Un patron dans la généalogie du socialisme
Il y a quelque chose de déconcertant à trouver, à la source du socialisme britannique, un industriel du coton qui a fait fortune et qui n’a jamais cessé de croire qu’on convaincrait les puissants par la démonstration. Robert Owen n’a pas théorisé avant d’agir. Il a commencé par diriger une filature, et c’est en la dirigeant autrement qu’il a conçu l’idée que la société entière pouvait être dirigée autrement.
Le reste de sa vie tient dans le déplacement de cette conviction. Entre 1800 et 1858, Owen passe du statut de patron philanthrope, reçu par les ducs et les ministres, à celui d’agitateur suspect que la presse tourne en dérision et que la police surveille. Il n’a pourtant changé d’aucune idée. C’est le monde qui a fini par comprendre où ses idées menaient, et qui l’a lâché en conséquence.
Entre les deux, une usine écossaise que l’Europe est venue visiter comme on visite un site archéologique du futur, une communauté ratée dans l’Indiana, un syndicat d’un demi-million d’adhérents dissous en quelques mois, et un mot qui n’existait pas : socialisme.
Du comptoir à la filature
Il naît en 1771 à Newtown, petite ville du pays de Galles, sixième des sept enfants d’un sellier-quincaillier. À dix ans, il quitte l’école et la maison pour un comptoir de draperie à Stamford, puis Londres, puis Manchester. Toute son instruction, il se la donne la nuit, dans les livres qu’il emprunte à son patron. Il en gardera une conviction de converti : ce qu’on est dépend de ce qu’on a reçu, et il n’y a pas de fatalité de la naissance.
Manchester, dans les années 1790, est le lieu le plus violemment moderne d’Europe. La ville double de population en une génération, s’enfume, s’entasse. Owen y monte une petite affaire de mécanique textile à dix-huit ans, puis se retrouve, presque par accident, à diriger une filature de cinq cents ouvriers ; il a vingt ans. Il fréquente en parallèle la Literary and Philosophical Society, où l’on discute d’hygiène publique, d’alphabétisation et de philosophie française — Helvétius surtout, dont la thèse que l’homme est tout entier l’œuvre de son éducation deviendra le socle de sa propre doctrine.
Ce qu’il voit autour de lui l’installe dans une conviction que rien ne délogera. La révolution industrielle produit une richesse sans précédent et une misère sans précédent, dans le même mouvement et au même endroit. Les paroisses envoient aux filatures du Nord les orphelins dont elles ont la charge, à sept ou huit ans, pour des journées de treize heures — arrangement légal, ordinaire, et que personne ne songe à discuter.
En 1799, il épouse Caroline Dale, fille de David Dale, philanthrope presbytérien propriétaire des filatures de New Lanark, sur les chutes de la Clyde. Owen et ses associés les rachètent. Il en prend la direction le 1ᵉʳ janvier 1800. Il a vingt-huit ans, deux mille personnes sous sa responsabilité, et un village entier pour laboratoire.
La démonstration de New Lanark
Son beau-père avait déjà fait mieux que la moyenne : des dortoirs, une école, un traitement des enfants d’hôpital moins brutal qu’ailleurs. Il n’empêche. À l’arrivée d’Owen, le village boit, vole, meurt jeune et change d’ouvriers sans arrêt. Cinq cents enfants venus des hospices de Glasgow et d’Édimbourg travaillent dans les salles de filature.
Ce qu’Owen entreprend tient en quelques mesures, et chacune est une transgression du sens commun patronal de l’époque.
- Interdiction d’employer les enfants de moins de dix ans, puis de moins de douze ; ceux-là vont à l’école, gratuitement, dès l’âge où ils savent marcher.
- Journée ramenée de treize ou quatorze heures à dix heures et demie, sans baisse de salaire.
- Un magasin de village vendant à prix coûtant des marchandises achetées en gros, dont les bénéfices financent l’école — le modèle dont sortira tout le mouvement coopératif.
- Logements assainis, rues nettoyées, caisse de secours alimentée par une retenue sur les salaires.
- Pendant l’embargo américain de 1806, quatre mois de salaire versés à des ouvriers que l’absence de coton laissait sans travail.
Le résultat est celui qu’il escomptait et qu’il ne cessera de mettre en avant : New Lanark produit plus, mieux, et rapporte davantage que ses concurrents. C’est là tout son argument, et il le répétera pendant cinquante ans à qui veut l’entendre. La misère n’est pas seulement une faute morale ; c’est une erreur de gestion. Un ouvrier malade, ivre ou illettré rend moins qu’un ouvrier sain, sobre et instruit. Les classes n’ont donc aucun motif rationnel de s’affronter, puisqu’elles ont intérêt à la même chose. Il y ajoute une intuition qui lui vaudra plus tard l’estime des économistes : en payant mal ceux qui produisent, on se prive des clients qui pourraient acheter, et l’on fabrique soi-même les crises de surproduction.
L’Europe défile. Des souverains, des ministres, le futur tsar Nicolas Iᵉʳ, des milliers de visiteurs viennent voir de leurs yeux le village où les ouvriers ne sont pas des bêtes. Owen devient une célébrité européenne.
Il faut pourtant regarder un objet, un seul, pour comprendre ce que cette utopie avait aussi de suffocant : le silent monitor. Un petit bloc de bois à quatre faces peintes — noir, bleu, jaune, blanc — pendait au poste de chaque ouvrier, tourné chaque matin par le contremaître sur la couleur correspondant à sa conduite de la veille. Aucune punition, aucun mot : la couleur suffisait, et chacun travaillait sa journée sous le regard de sa propre note. Owen y voyait une douceur, et c’en était une, comparée au fouet en usage ailleurs. C’est aussi, dans sa forme la plus pure, la surveillance continue comme méthode de gouvernement des hommes. On notera sans ironie appuyée que Jeremy Bentham, l’inventeur du Panoptique, était l’un des actionnaires de New Lanark.
« Le caractère est formé pour l’homme, non par lui » Owen
La formule est d’Owen, et tout son système en découle. Il l’expose entre 1813 et 1816 dans les quatre essais d’A New View of Society, adressés tour à tour aux manufacturiers, au gouvernement et au public. L’homme, y dit-il, est le produit intégral de circonstances qu’il n’a pas choisies : naissance, éducation, milieu, exemple reçu. Nul n’a décidé d’être ignorant, violent ou ivrogne.
La conséquence est radicale, et c’est ce qui fait d’Owen autre chose qu’un patron charitable. Si le caractère est formé et non choisi, alors blâmer un homme est une absurdité logique. Ni péché, ni mérite, ni châtiment : la faute d’un individu est un défaut du dispositif qui l’a produit. Changez le dispositif, vous changez l’homme, et il n’est pas besoin pour cela de le sermonner. Owen a défait, d’un trait, l’édifice entier de la morale de son temps — et l’on comprend que son temps ait fini par s’en apercevoir.
De là l’école, qui est au cœur de tout. L’Institute for the Formation of Character ouvre à New Lanark en 1816 et applique des principes qu’aucune école britannique n’appliquait : ni punition ni récompense, ni notes ni prix ; des enfants accueillis dès deux ou trois ans pendant que les mères travaillent ; de la danse, du chant, de la géographie sur grandes cartes peintes, de l’histoire naturelle, de l’exercice physique ; des leçons de choses plutôt que des récitations, et pour les maîtres la consigne de répondre à toute question d’enfant avec patience et sans jamais les ennuyer avec des livres. Des cours du soir accueillent les adultes. On lui a reproché, non sans raison, d’avoir sacrifié les connaissances à la méthode. Deux de ses phrases ont survécu, et elles sont plus lourdes qu’elles n’en ont l’air : l’État qui possède le meilleur système d’éducation nationale aura le meilleur gouvernement ; il appartient au pouvoir de tout pays d’établir un plan pour l’éducation et la formation du caractère de tous les citoyens.
Reste ce qui va tout emporter. Si l’ignorance est l’unique source du mal, alors les institutions qui vivent de l’entretenir sont l’obstacle principal. Owen le pense dès l’origine ; il le dit publiquement le 21 août 1817, devant une salle comble à Londres, déclarant que toutes les religions du monde reposent sur la même erreur et qu’elles ont fait de l’homme un hypocrite faible et féroce. La phrase le ruine. Elle lui coûte la bienveillance de l’établissement, l’oreille du Parlement, et bientôt ses propres associés : le quaker William Allen et les autres actionnaires de New Lanark exigeront que l’instruction religieuse revienne dans les écoles du village. Le conflit s’envenimera jusqu’à son départ pour l’Amérique. Owen avait cru qu’on pouvait réformer une société sans toucher à ce qui la tenait. Il venait d’y toucher.
La bascule
1817 est l’année charnière. Les guerres napoléoniennes finies, la démobilisation jette sur le marché des centaines de milliers d’hommes ; le chômage explose, les paroisses croulent sous l’assistance, une commission parlementaire s’interroge sur les Poor Laws. Owen lui soumet un plan. On le remercie poliment. On ne fait rien.
C’est là qu’il cesse d’être un philanthrope. Le raisonnement est simple et sans retour : si les gouvernants, après dix-sept ans de preuve administrée à New Lanark, ne bougent pas, c’est que la démonstration ne suffit pas et que la coopération entre les classes n’est pas au programme. Alors les travailleurs devront s’emparer eux-mêmes de l’outil de production — pacifiquement, sans violence ni expropriation, mais s’en emparer.
Son projet devient les villages of co-operation : des communautés de huit cents à douze cents personnes, agricoles et manufacturières à la fois, propriétaires en commun de leurs moyens de travail, où la charge de l’assistance disparaîtrait faute de pauvres. La presse les surnomme aussitôt les « parallélogrammes de M. Owen », d’après la figure de leurs plans.
Le Report to the County of Lanark, remis en 1820, en donne la théorie économique, et c’est le texte qui fait d’Owen autre chose qu’un bâtisseur de villages. Il y pose que le critère naturel de la valeur est le travail humain — la puissance manuelle et mentale combinée des hommes mise en œuvre — et que l’or, mesure arbitraire, fausse tous les échanges au profit de ceux qui ne produisent rien. Il en tirera une expérimentation : la National Equitable Labour Exchange, ouverte à Londres en 1832, où l’on déposait un objet contre des bons de travail libellés en heures, avec lesquels on achetait le travail d’autrui. L’institution a compté des milliers d’adhérents et s’est effondrée en deux ans, sur l’écueil que tout économiste avait prévu : sans marché pour arbitrer, rien ne distingue l’heure utile de l’heure gaspillée, et les bons servaient surtout à écouler les invendus.
L’autre volet est législatif. Owen milite dès 1815 pour encadrer le travail des enfants ; le Cotton Mills and Factories Act de 1819 en sort, très affaibli — interdiction en deçà de neuf ans, douze heures maximum de neuf à seize ans, quand Owen demandait dix ans et dix heures et demie. Aucune inspection, aucune sanction praticable, et la seule industrie du coton concernée : la loi fut à peu près lettre morte. Elle n’en est pas moins la première brèche légale dans la liberté absolue du contrat de travail. C’est aussi à lui qu’on doit le mot d’ordre le plus durable de l’histoire ouvrière, lancé en 1817 : huit heures de travail, huit heures de loisir, huit heures de repos.
New Harmony
Puisque l’Angleterre n’écoute pas, ce sera l’Amérique. En 1825, Owen achète pour cent vingt-cinq mille dollars un village tout construit sur les bords de la Wabash, dans l’Indiana : maisons, ateliers, vergers, moulins, abandonnés par une communauté religieuse allemande, les rappistes, qui s’en allaient ailleurs. Il le rebaptise New Harmony et y investit la plus grande part de sa fortune. Il lance un appel ouvert à l’industrie et à la bonne volonté de tous. Neuf cents personnes arrivent en quelques semaines.
L’expérience dure deux ans et se défait par où elle pèche. La communauté se divise en départements — agriculture, manufacture, commerce, école — eux-mêmes subdivisés en intendants et surintendants, si bien qu’une organisation ouvertement hiérarchique administre une société proclamée égalitaire. Sept constitutions successives sont adoptées en vingt mois. Les arrivants, recrutés sans critère, ne partagent ni croyances ni compétences ; il y a des savants remarquables, une école qui restera dans l’histoire de la pédagogie américaine, et aussi, comme dans toute entreprise où l’on mange à crédit sur la fortune d’un homme, un contingent de désoccupés venus voir. Le travail agricole manque de bras au printemps et en compte trop l’hiver. En 1827, l’ensemble se fragmente en communautés plus petites qui disparaîtront l’une après l’autre. Owen y a perdu environ les quatre cinquièmes de ce qu’il possédait.
Son explication de l’échec est fidèle à lui-même jusqu’à l’aveuglement : les membres manquaient de l’éducation préalable qui leur aurait permis d’exercer plusieurs activités dans leur intérêt commun. Autrement dit, la doctrine était juste, le matériau humain n’était pas prêt. On peut y voir une esquive. On peut aussi y lire, retournée, la conviction qui l’aura tenu toute sa vie : si les hommes sont le produit de leur milieu, alors un milieu neuf ne peut rien sur des hommes que l’ancien a déjà formés. C’est le cercle dans lequel toute pédagogie politique finit par tourner.
De retour en Angleterre, il ne retrouvera jamais ni sa fortune ni son crédit. Il fondera encore des communautés — Orbiston en Écosse, Queenwood dans le Hampshire — toutes éphémères. Il prendra en 1834 la tête du Grand National Consolidated Trades Union, première tentative de syndicat unique à l’échelle du royaume, qui atteint peut-être un demi-million d’adhérents et s’effondre en quelques mois sous les lock-out patronaux et la déportation des six ouvriers de Tolpuddle. Il créera enfin, en 1835, l’Association of All Classes of All Nations, dont le titre dit assez l’obstination : même après tout cela, Owen refusait encore de penser la société comme un affrontement. C’est dans les publications de cette mouvance que le mot socialism prend son sens moderne.
Par qui ce monde doit-il advenir ?
C’est la question qu’Owen n’a jamais posée, et elle suffit à expliquer pourquoi le mouvement ouvrier l’a dépassé. Chez lui, la société nouvelle vient de la conviction : on montre, on démontre, on persuade, et le pouvoir, éclairé, consent. Il a écrit aux souverains d’Europe, au Congrès des États-Unis, au Parlement, à la reine Victoria. Il attendait d’eux qu’ils comprennent.
Marx a formulé l’objection en trois lignes, dans la troisième de ses Thèses sur Feuerbach, et il visait explicitement Owen. La doctrine matérialiste selon laquelle les hommes sont le produit des circonstances, écrit-il, oublie que ce sont les hommes qui transforment les circonstances, et que l’éducateur lui-même doit être éduqué ; elle aboutit nécessairement à diviser la société en deux parties, dont l’une se trouve placée au-dessus de l’autre. C’est la critique exacte, et elle est imparable : si personne n’est responsable de ce qu’il est, il faut bien quelqu’un qui échappe à la règle pour concevoir le monde neuf. Ce quelqu’un, dans le système d’Owen, c’est Owen.
Le contraste avec le chartisme, qui domine l’Angleterre ouvrière des années 1830 et 1840, est parlant. Les chartistes réclament le suffrage universel masculin, le vote secret, l’éligibilité sans condition de fortune : ils s’adressent au peuple et veulent le pouvoir. L’owénisme s’adresse aux gouvernants et veut la raison. Owen s’est méfié du suffrage universel, jugeant une population mal éduquée incapable de voter dans son propre intérêt — position qui découle logiquement de sa doctrine et qui n’en reste pas moins le défaut natif de tout despotisme éclairé.
Le même porte-à-faux se lit sur la question des femmes. Owen a dénoncé le mariage indissoluble comme une des trois grandes entraves au bonheur humain, avec la propriété privée et la religion ; il a soutenu le divorce, l’instruction des filles, la garde collective des jeunes enfants, et les milieux owénistes ont formé des femmes qui compteront dans l’histoire du féminisme britannique. Mais son Association de toutes les classes et de toutes les nations plaçait à sa tête une figure masculine, le Père, et l’égalité proclamée s’arrêtait où commençait la distribution des rôles.
On peut résumer le personnage par cette tension, qui est celle de tout le paternalisme industriel dont il reste le modèle : Owen voulait passionnément le bien d’hommes qu’il ne jugeait pas en état de le vouloir eux-mêmes. Il leur a donné des écoles, des logements, des salaires et un avenir. Il ne leur a jamais donné la parole.
Ce qui a survécu
Owen a raté tout ce qu’il a entrepris après New Lanark, et presque rien de ce qu’il a pensé n’a disparu. Le paradoxe mérite d’être inventorié.
La coopération d’abord, qui est sa descendance la plus directe. En 1844, vingt-huit tisserands de Rochdale, dont plusieurs owénistes de la première heure, ouvrent une boutique rue de la Grenouille et rédigent les principes qui régissent encore aujourd’hui le mouvement coopératif mondial : adhésion libre, un homme une voix, ristourne au prorata des achats, neutralité politique et religieuse, éducation des membres. Le magasin à prix coûtant de New Lanark avait quarante ans d’avance. De cette lignée est né en 1917 le Co-operative Party britannique, lié au Labour par un accord de non-concurrence électorale depuis 1927 : quarante-trois députés siègeaient sous l’étiquette Labour and Co-operative après les élections de 2024 (Labour and Co-operative Party).
Le droit du travail ensuite. La loi de 1819 était inapplicable, mais elle a ouvert la voie aux Factory Acts qui, de décennie en décennie, ont installé l’inspection du travail, l’âge minimum et la durée maximale. Le slogan des trois huit, lancé par Owen en 1817 quand la journée courante en faisait quatorze, a été repris par les internationales ouvrières et obtenu, en France, un siècle plus tard.
L’éducation enfin. L’école maternelle accueillant les tout-petits pendant que les mères travaillent, l’apprentissage par l’expérience plutôt que par la récitation, l’abolition des châtiments corporels : ce sont des évidences aujourd’hui, c’étaient des scandales en 1816. New Lanark, restauré et classé au patrimoine mondial de l’Unesco, se visite.
Il reste à dire comment cet homme a fini, parce que c’est trop beau pour être omis. Celui qui avait brisé sa carrière en déclarant que toutes les religions du monde reposaient sur une erreur s’est converti, passé quatre-vingts ans, au spiritisme. Il tenait des séances, correspondait avec les esprits de Franklin, de Jefferson et du duc de Kent, et rapportait qu’ils approuvaient ses plans. Il est mort en 1858 à Newtown, la petite ville galloise où il était né, convaincu jusqu’au dernier jour que la démonstration finirait par convaincre.
C’est peut-être la meilleure image qu’on puisse garder de lui : un homme qui, n’ayant pas obtenu des vivants qu’ils l’écoutent, s’était résolu à le demander aux morts.